La ville dont Jaufré Rudel est le seigneur est une place forte majeure, aux confins de l’Aquitaine et de la Gascogne où se tiennent régulièrement des rencontres au sommet entre les chefs des principautés des XIe et XIIe siècles, signalées dans le Conventum Hugonis, la Chronique d’Adémar de Chabannes, l’Historia pontificum et comitum Engolimensium et la Chronique de Robert du Mont. L’importance stratégique de Blaye, accentuée par l’existence d’un castrum occupé en continu depuis l’Antiquité, lui vaut d’être un objectif dans les jeux politiques des principautés voisines. La famille de Jaufré Rudel est issue de celle des comtes d’Angoulême, implantés là avec la faveur d’un duc d’Aquitaine qui continue d’y faire valoir ses droits, plus ici qu’ailleurs au XIIe siècle. L’archevêque de Bordeaux est à leurs côtés un autre acteur de premier plan qui y organise des synodes et tire profit du caractère épiscopal du monastère de Saint-Romain de Blaye depuis l’époque carolingienne. Du reste, le souvenir carolingien y est particulièrement vivace, aidé par l’exceptionnelle rémanence de d’anciennes structures d’encadrement public et par la geste épique du XIIe siècle (Chanson de Roland, Pseudo Turpin, chronique dite Saintongeaise) plaçant à Saint-Romain les sépultures des compagnons de Charlemagne. Les Rudel du XIIe siècle paraissent ainsi, à Blaye même, occultés par des seigneurs plus puissants qu’eux.
Blaye, place forte majeure aux XIe-XIIe siècles par Frédéric Boutoulle, maître de conférence Université de Bordeaux/UMR Ausonius 5607 Vendredi 24 juin, 15 heures 30