"Depuis que tu m’as parlé d’elle plus rien d’autre n’occupe mon esprit. La nuit dans mon sommeil, apparaît ce visage si doux aux yeux de mer qui me sourit et je me dis que c’est elle, alors que je ne l’ai jamais vue. Puis, au matin, je me lamente dans mon lit de ne pas avoir su la caresser, ni la retenir. N’est-ce pas cela, la folie, Pèlerin ? Et dire qu’elle, là-bas, au loin, ne se doute de rien !" La légende de Jaufre Rudel véhiculée par sa vida veut que le prince de Blaye soit tombé amoureux de la comtesse de Tripoli sans l’avoir rencontrée et qu’au terme d’un long voyage en mer entrepris dans l’unique but de la voir, il tombe mort entre ses bras. C’est à peine s’ils se seront vus. Cette légende a eu le succès que l’on connaît car, à son commencement comme à son terme, elle renferme tous les secrets de la fascination amoureuse ; l’être que l’on aime reste à jamais un inconnu parfaitement insaisissable. En greffant cette conviction sur l’idée d’une prescience de l’amour, l’histoire de Jaufre Rudel pousse à ses extrêmes limites l’irrationalité de la rencontre amoureuse. C’est cette irrationnelle prescience de l’amour qui habite les héros du Roman de Flamenca, de Las novas de Frayre de Joy e Sor de Plaser et de Las novas del Papagay. Guillem de Nevers tombe amoureux de Flamenca car la déesse Amour lui révèle en son cœur son existence et son calvaire ; Frayre de Joy est touché au cœur en entendant l’histoire de Sor de Plaser que l’on dit cent fois plus belle morte que vivante ; quant à Antiphanor, il envoie son perroquet pour séduire celle que son mari garde dans un verger clos de murs. Loin de finir aussi tristement que Jaufre Rudel, Guillem de Nevers, Frayre de Joy, et Antiphanor finissent par jouir de l’amour de leur dame. Pourtant, l’atmosphère propre à l’amour de loin, cette idée de l’autre comme d’un ailleurs, ce jeu du proche et du lointain poussés à leur perfection par le troubadour de Blaye ne cessent de nourrir l’histoire de ces amants, nous invitant à revisiter encore l’amour lointain.
Au plus proche de l’amour de loin : les héritiers fortunés de Jaufre Rudel et de la comtesse de Tripoli par Katy Bernard, professeur agrégé d’occitan médiéval et moderne, Université Bordeaux III Vendredi 24 juin 2011, 11 heures 15
Arnaut Daniel, troubadour de Ribérac, vécut entre les années 1150 et 1210. Salué et imité par Dante et Pétrarque, il est connu et reconnu au sein des troubadours comme le prince de la recherche formelle. Mais cet orfèvre du trobar est aussi un merveilleux chan-teur de l’amour, de cet amour parfait qui le fait s’améliorer et s’affiner en même temps que la matière de ses poèmes. Il est aussi ce joueur jonglant avec les contraintes et les contrastes. Ainsi, en approchant au plus près sa célèbre sextine, en balançant avec ses au-tres chants entre pure courtoisie et obscénité rieuse, en explorant les nuances de ses mé-lodies, en mesurant l’importance de son influence, nous partirons à la rencontre de cet amasseur de vent, de ce nageur à contre-courant pour apprendre à chasser à sa manière. Katy Bernard
Vendredi 29 juin 2012 à 9 H 30, collégiale Notre-Dame de Ribérac: Introduction à la Trobada par Katy BERNARD, présidente de "TROBADAS" Contact: 06 82 42 69 18 bernard.katy@wanadoo.fr