« Chaitius clamatz », clé d'une chanson de croisade ? par Lucia Lazzerini, Université de Florence (Italie) Samedi 25 juin, 14 heures 30
« Lanquan li jorn son lonc en mai » est la lyrique la plus célèbre de Jaufre Rudel. Ces vers fondent le motif (central dans la poésie des troubadours) de l’amor de lonh : amour dont on a proposé des interprétations très différentes. Pour Leo Spitzer, c’était l’élaboration la plus suggestive du «paradoxe amoureux», tandis que Grace Frank y voyait une allégorie de la Terre Sainte et Yves Lefèvre un élan mystique (Amor de lonh = le Christ). Il faut reconnaître que l’interprétation ‘psychologique’ de Spitzer et la sociologie köhlerienne de la fin’amor l’ont emporté sur les thèses concurrentes dans la vulgata. Mais, si l’on reprend la question en approfondissant l’analyse du lexique et des locutions, nous découvrons la clé du poème dans le vers «fos ieu per lieis chaitius clamatz». Ici, la dimension comparatiste de l’enquête s’avère décisive, car l’explication correcte de certains loci paralleli mal compris repérés dans la littérature médiévale d’oc et d’oïl nous offre de bonnes chances de déceler la vraie signification du chant de Jaufre Rudel. BIBL.: Lucia Lazzerini, c. r. de Ch. Lee (éd.), Jaufre, «Zeitschrift für romanische Philologie», 125:2, 2009, p. 341-357; Ead., Letteratura medievale in lingua d’oc, Modena, Mucchi, 2010 (2e éd.), p. 63.