...ET QUATRE SAISONS D’HISTOIRE Version imprimable (fichier PDF) Après Limoges, Comborn et Turenne, Ventadour est la quatrième vicomté du Limousin. La naissance du fief remonte à 1059. A la mort d'Archambaud II de Comborn, dit le Barbu, sa veuve, sur le conseil de Guillaume VII d’Aquitaine, divisa le vaste domaine entre ses fils. Archambaud III gardait Comborn, et Èble fondait Ventadour pour tenir la montagne limousine, au piémont d’Auvergne. D'abord, il n’y eut sans doute qu'une fortification en bois et pierres au sommet de ce mont dont il fallut niveler la cime, déboiser les pentes, et organiser les tènements voisins pour la sécurité et l'approvisionnement. Une autre phase de travaux, pendant le XIIe siècle, au retour de la seconde Croisade, vit l'édification en pierre du donjon, des remparts et de la tour maîtresse qui furent souvent depuis réparés et remaniés. LE PRINTEMPS DES CHEVALIERS ET DES POÈTES (1100-1250) Il éclôt sous Èble Il Lo Cantador, vassal et ami du premier grand troubadour, Guillaume IX d'Aquitaine. Printemps des armes avec les périlleuses croisades et leurs désillusions : printemps des âmes avec la floraison des ordres monastiques et chevaleresques ; et plus encore ici, printemps de la lyrique courtoise dont c'est pour ainsi dire le berceau. Èble, quoique ses oeuvres nous soient inconnues, tient escola où il forme le jeune Bernart, «né de pauvres gens », mais dont les chants d'amour aux pieds de la vicomtesse de Ventadour seront si applaudis qu’ils le mèneront à la cour royale d'Aliénor et d’Henri Plantagenêt. Dès lors, une pléiade d'inventeurs de rimes et de rythmes, et de jongleurs virtuoses vinrent trouver ici pâture poétique, tandis que, de la famille de Ventadour germait une lignée de poètes, d’Èble et Bernart jusqu'à Marie de Ventadour, femme d’Èble V qu'ont célébrée Gaucelm Faidit et les "frères" d’Ussel. Can vei la lauzeta mover de joi sas alas contral ra que s’oblid’e.s laisa chazer per la doussor c’al cor li vai (L’alouette par Bernart de Ventadorn) L'ÉTÉ DES BRIGANDS ET DES REITRES (1350-1500) Guerre de Cent ans. La figure bonasse du vicomté Bernard, duc de Montpensier, domine le début de ce cycle. Il défend la France contre les Anglais mais, en Limousin, est supplanté à Ventadour vingt ans par un « Breton », Geoffrov Tête-Noire. Froissart raconte qu'à la mort de ce routier, le château fut repris par une ruse du duc de Berry qui reçut Montpensier en remerciement. Sous les descendants de Bernard - Robert, Jacques, Charles et surtout Louis - est achevé le programme de construction qui clôt le cycle médiéval. En épousant Catherine de Beaufort, parente des papes de Rosiers d’Égletons, Louis fait sculpter un écusson parti de leurs armes - échiqueté et roses - sur la cheminée du nouveau logis. Sitôt après s'éteint la première race des Ventadour et la vicomté passe par les femmes aux Lévis. Allons à Ventadour, car on nous y demande ! (Les gens du duc de Berry, d’après les Mémoires de Froissart) L'AUTOMNE DES CAPITAINES ET DES MYSTIQUES (1550-1717) Pour reconnaître la loyauté de Louis et de Gilbert I, II et III qui, déchirés entre Ligue et Réforme, restent vaille que vaille fidèles à la Couronne, la terre de Ventadour est érigée en duché. Fidélité douloureuse : Henri, fils d'Anne et pair de France devenu lieutenant général du Languedoc, voit son prestigieux beau-frère Henri Il de Montmorency décapité à Toulouse pour rébellion... L'autre versant de leur destin est religieux et caritatif : de la fondation de la Visitation à celle de la Compagnie du Saint-Sacrement, du Carmel à la direction des séminaires. La race des Lévis- Ventadour s'éteint en la duchesse de Ventadour, gouvernante de Louis XV, puis des enfants de France. Le château n’est plus en 1780 qu'une masure dont on déménage les armoiries à Égletons et le duché n'existe qu’à travers la justice du présidial à Ussel. La Révolution rebaptise la paroisse "Moustier-la-Luzège". Sire, toute la paille de votre royaume ne comblerait pas mes fossés de Ventadour ! (Le duc de Lévis-Ventadour à Louis XIV.) L’HIVER DES NONNES ET DES CARRIERS (DEPUIS 1792) Pourtant, Ventadour achève son parcours au pied du trône. Par ses derniers seigneurs, les Rohan-Soubize, le fief échoit aux princes de Condé, chefs de l'armée des émigrés et, ironie de 1'histoire, au joli duc d'Enghien que Napoléon fait enlever et exécuter à Vincennes ; le dernier des Condé mourra mystérieusement à Saint-Leu en 1830. Louise-Adélaïde de Bourbon, sa soeur, recueille le fruit de la vente de la forêt de Ventadour aux Treich-Laplëne en 1824 pour doter le monastère qu’elle a fondé sur les lieux du martyre royal : l'abbaye Saint-Louis-du-Temple, aujourd'hui à Limon (Vauhallan). En 1895, le marquis de Lévis-Mirepoix rachète le château, exploité en carrière depuis soixante dix ans par les Perthuis du Gay. En 1988, son arrière petit-fils fait donation du monument à la commune du Moustier. Synthèse historique composée par Luc de Goustine pour le dépliant touristique publié par CARREFOUR VENTADOUR en 1997 avec la collaboration de L’ÉGLANTINE, association culturelle de mécénat d’entreprises, 19200 USSEL