LE TROBAR À VENTADOUR C’est dans le premier quart du XIIe siècle que la France d’Oc voit apparaître un genre poétique et lyrique nouveau, dont les origines mélangées - à la fois orientales et liturgiques - apparaissent bien dans le nom qu’on lui donne : le TROBAR. TROBAR, c’est aussi bien « trouver », inventer, créer, improviser, que tropar, c’est à dire introduire des variations et des variantes dans les tropes monastiques. Troba deviendra l’équivalent de tropa dans la langue des poètes. Ventadour est le berceau de la première grande école de TROBAR, celle qui eut pour maître le second seigneur des lieux, Èble II lo Cantador, lui-même compagnon et disciple du grand poète Guillaume IX d’Aquitaine. On ne conserve pas de chants composés par Èble, mais il est hors de doute que Bernart fut à son escola avant de partir faire sa brillante carrière dans les cours princières. Outre les troubadours de passage à Ventadour, le génie du TROBAR se répandit dans la famille. D’abord par les Quatre d’Ussel qui étaient trois frères et un cousin : « Gui trouvait de bonnes chansons, Elias de bonnes tensons et Èble de mauvaises, et Pierre chantait tout ce qu’ils trouvaient » Pour finir au début du XIIIe siècle, par une femme troubadour, la trobairitz Marie de Ventadour, née de Turenne. C’est en l’honneur de cette lignée que Carrefour Ventadour et Mémoire des Lieux ont, en 1986, dressé au pied du mont Ventadour la plaque gravée de ces mots : Vous êtes ici au coeur de la civilisation occitane Le mont Ventadour et son château ont vu naître au XIIe siècle la FIN’AMOR, l’amour courtois chanté par les troubadours Parmi les plus célèbres, BERNART DE VENTADORN, né au pied même du château, a porté à l’extrême raffinement cet art de vivre, d’aimer et de créer. Tant ai al cor d’amor de joi e de doucor que’l gels me sembla flor e la neus verdura. J’ai au coeur tant d’amour de joie et de douceur que le gel me semble fleur et la neige verdure. (Chanson de Bernart de Ventadorn) Autour de son seigneur ÈBLE II LO CANTADOR, lui-même poète, ce lieu de création a réuni de nombreux TROBADORS et TROBAIRITZ, telle MARIA DE VENTADORN, chantre d’une expression nouvelle de la femme. E’ il domna deu a son drut far onor com ad amic mas non com a senhor. Et la dame doit faire honneur à son amant comme à un ami et non comme à un maître. (Chanson en duo de Marie de Ventadour et Guy d’Ussel) Ces pierres les ont vus vivre, ces vers les font revivre. Mémoire des Lieux - Association Carrefour Ventadour - Mairie du Moustier La veine poétique occitane en Limousin n’est pas tarie, comme en témoigne la belle oeuvre de Marcelle DELPASTRE, de Germont près de Chamberet, récemment disparue.